mardi 2 octobre 2007

Regards Comparés/ Musiques en lieux d'Islam



REGARDS COMPARES / MUSIQUES EN LIEUX D'ISLAM
17-21 Octobre 2007
Entrée libre
Musée de l'Homme - Salle Jean Rouch - 17 Place du Trocadéro 75116 Paris
Tél: 01 47 04 38 20 - www.comite-film-ethno.net
mail: cfe@mnhn.fr

Le Comité du Film Ethnographique organise une nouvelle édition des Regards Comparés consacrée aux « Musiques en lieux d’Islam », avec la collaboration du musée de l’Homme, du CNRS et de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Cette manifestation souhaite confronter les différents regards cinématographiques portés par des voyageurs, des géographes, des anthropologues, des cinéastes, des amateurs...
Les projections seront accompagnées de discussions auxquelles les spectateurs sont largement conviés à participer.

L’invitation à porter nos regards sur les musiques en lieux d’Islam ne relève pas d’un paradoxe. Les écritures cinématographiques ou vidéographiques nous donnent à voir et à entendre, jusqu’aux points limites, ces instants où les sons, où les dispositions mélodiques s’imposent et subvertissent les lumières et les formes projetées. Musiques et images alternent, se chevauchent, s’assemblent, fusionnent et produisent des représentations du monde, des hommes, des sociétés, des conceptions de l’invisible, de l’inaccessible sacré. Constructions originales attachées à représenter ou porteuses d’illusions, de chimères du réel, échos d’une époque et ombres projetées des réalités humaines, musiques et images naviguent sur le sensible et l’intelligence, elles nous introduisent brutalement ou insidieusement dans des univers pluridimensionnels, entre raison et émotions.
Une fois créées, puis mémorisées et interprétées, les musiques donnent l’illusion de vivre par elles-mêmes, de se détacher du concret. Formes abstraites universelles et cependant multiples, voire même irréductibles l’une à l’autre, comme le sont parfois les musiques dites savantes opposées à celles stigmatisées comme populaires, elles s’imposent à tous les âges de la vie et investissent tous les espaces fréquentés par les hommes. Icônes sonores de l’Histoire, elles sont tout autant enracinées dans la matérialité des savoirs techniques, ceux qui président à la fabrication des instruments, que projetées dans les représentations des ordres sociaux, dans la construction des univers religieux, à moins qu’elles ne deviennent un temps vecteurs ou pour le moins emblèmes des transformations politiques et sociales. Les musiques, tout comme les danses, les postures et les spectacles du corps, s’insèrent dans la vision somme toute utopique du « fait social total ». Elles figurent et modulent des mémoires, évoluent dans des traditions culturelles, se transforment au gré des nomadismes, des échanges, des rencontres, des conquêtes et des soumissions. Subordonnées à leurs propres dynamiques instruites par la nature même du son, phénomène physique modelé par la culture et l’imagination, et par les palettes instrumentales dont la voix et les bruits de la nature et du quotidien sont les premières touches, les musiques accompagnent pratiquement toutes les manifestations humaines et représentent la société. À ce titre, elles peuvent devenir un enjeu de pouvoir et être placées au cœur de l’action politique revêtue ou non des parures du religieux.
Certaines des réalisations historiques des mondes devenus musulmans ont traité ou traitent encore de la question musicale dans une perspective réformiste de contrôle, de normalisation éthique, de négation de la diversité humaine au profit d’un idéal type religieusement fondé. Les implications politiques sont en partie connues, bien que trop souvent au filtre d’arguments politiquement corrects, mais il convient de remarquer que cette récurrence de la négation de la diversité culturelle (ce qui est commun à nombre de contextes religieux différents) produit aussi des effets inverses à l’objectif visé en suscitant des résistances, en favorisant l’émergence de nouvelles musiques, ou en redonnant vie à des expressions musicales anciennes. Les musiques participent alors aux duels opposant des formations politiques qu’elles soient détentrices de pouvoir de gouvernement ou résistantes, à tous les niveaux, ceux des revendications culturelles, ceux de l’exigence de libertés comme ceux des combats contre les inégalités et les ségrégations. Les lieux d’islam sont multiples. Ils concernent évidemment des régions ou des pays où la religion musulmane est acceptée par la très grande majorité, mais aussi des sociétés où elle est minoritaire. L’extension et la dispersion de ces lieux imposent une diversité culturelle foisonnante. Les musiques sont bien évidemment des expressions remarquables de cette richesse. Les instruments, les techniques, les langues, les motifs, les mélodies s’offrent à la comparaison, à la réflexion sur les permanences et le mouvement. Les angles d’approches de ces musiques en lieux d’islam sont aussi variés que les domaines sociaux et culturels. Ici les « regards comparés » trouvent idéalement matières où s’exercer. Nombres de registres peuvent être retenus, ceux définis par les instruments musicaux, par la position de la voix et du chant, ceux exprimant des identités culturelles fortes, ceux délimitant les domaines du sacré et des expériences religieuses, ceux explorant les rapports sociaux, les tensions politiques, les recouvrements culturels, les cohabitations religieuses, les expériences des mondialisations….
Images et sons, religieux et profane, dynamiques et permanences, matières et pensées, voici sur un fond d’islam quelques paires d’oppositions qui méritent nos regards comparés pour être subverties en nous ouvrant au bonheur d’entendre et de voir, à la faculté d’entrevoir.
Jean-Claude Penrad (E.H.E.S.S., Paris)



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