mercredi 19 septembre 2007

Bref Historique de l'Ethnomusicologie en France

BREF HISTORIQUE
DE L'ETHNOMUSICOLOGIE
EN FRANCE
par Lothaire Mabru

Faire l’histoire d’une discipline récente (le terme ethnomusicologie apparaît dans les années 1950) n’est possible qu’à la condition de bien la définir au préalable, ce qui n’est pas chose aisée concernant l’ethnomusicologie. Mais on peut résoudre le problème en adoptant un point de vue large et considérer que l’éloignement géographique ou social est un critère pertinent dans un premier temps : l’ethnomusicologue s’intéresse à la musique de l’Autre. Enfin, dès lors que la discipline se constitue on peut schématiquement la comprendre selon deux grands pôles quant aux choix méthodologiques, le pôle "musicologique" et le pôle "ethnologique". Dans ce dernier cas, l’altérité ne sera donc pas forcément un critère définitoire, et l’ethnomusicologue pourra tout aussi bien interroger sa propre culture musicale.

XVIIIe et XIXe siècles
Si l’on peut trouver avant le XVIIIe siècle quelques traces écrites d’un intérêt pour la musique des "Autres", ce n’est qu’au siècle des Lumières que l’on commence à se poser des questions ethnomusicologiques, et notamment Rousseau, qui compilant des pièces musicales de divers auteurs pose la question de l’universalité de notre notation graphique. N’oublions pas J.-B. de Laborde (1734 -1794), qui a eu le mérite de considérer à la fois les musiques du domaine européen et exotique, de même que les Encyclopédistes et leurs successeurs.
Accordons une mention spéciale au père Amiot, qui se distingue des précédents par ce que l’on nommerai aujourd’hui une pratique intensive du terrain, en l’occurrence chinois. Cet intérêt pour la musique des Autres s’inscrit dans le cadre plus général d’une interrogation sur la musique, dans une perspective quasi-évolutionniste, pourrait-on dire, la musique des Autres étant comprise comme primitive.
Le siècle suivant poursuit cette tradition intellectuelle avec le premier musicographe institutionnel, Guillaume André Villoteau (1759-1839), connu pour avoir oeuvré dans le cadre des campagnes d’Egypte. Mais il sera victime de ce que celui que l’on considère comme le père de la musicologie générale, François Joseph Fétis, nommera si joliment le "préjugé de l’oreille". Véritable précurseur théorique, Fétis plaidera, sans être réellement entendu, pour une prise en compte de toutes les musiques, si l’on veut comprendre dira-t-il, "la musique".
Le XIX° siècle est aussi celui de l’intérêt pour la musique de l’autre proche, le paysan français, avec le développement d’un vaste mouvement d’enquêtes institutionnelles ou privées. On parle alors de folklore musical, lequel se cantonnera longtemps à la seule "chanson populaire" dans la lignée de la fameuse "Enquête Fortoul" de 1852. A la fin du siècle, les expositions universelles de 1889 et 1900 stimuleront l’intérêt pour les musiques exotiques, et l’invention de l’enregistrement sonore permettra le développement des études dans leur direction.

XXe siècle
Dans la première moitié du XX° siècle, les recherches vont s’intensifier du fait de la conjonction de différents facteurs : l’intérêt du musée Guimet pour les musiques asiatiques, et d’une façon plus générale le nouvel élan pour les musiques "populaires et exotiques" (que l’on pense au jazz, présenté à la Revue nègre), ainsi que l’enseignement de l’ethnologie à partir de 1925 à l’Institut d’ethnologie. Des missions en Afrique voient le jour, dont la très fameuse "Dakar-Djibouti", à laquelle participe André Schaeffner (1895-1980), musicologue et ethnologue curieux de toutes musiques, dont la formation auprès de Marcel Mauss va orienter les recherches comme celles de chercheurs des générations suivantes, dans une perspective ethnologique. Ses réflexions sur les instruments de musique, ses intuitions fortes dans divers domaines, dont celui de l’importance du corps dans la musique, font de lui une référence obligée, et un guide intellectuel. C’est ainsi que Gilbert Rouget, africaniste dont le travail sur la musique et la transe est devenu un classique de la discipline, reconnaît en Schaeffner un maître à penser.
De l’Afrique initiale, le champ de la recherche ethnomusicologique française s'étend à l'Asie, grâce notamment à Tran Van Khê qui se situe dans la perspective et à Mireille Helffer, issue de l’orientalisme.
Si l’ethnomusicologie en France est très marquée par l’ethnologie et la sociologie de Mauss et Durkheim, il ne faudrait pas pour autant oublier l’apport de l’école de Berlin, avec la venue en France de Curt Sachs (1881-1959) notamment, mais qui n’est pas aussi fort qu’on le dit parfois.
L’ethnomusicologie de la France, longtemps en marge des études du domaine exotique, sera elle aussi tributaire de l’ethnologie et des sciences humaines en générale. Elle est de plus redevable à Constantin Brailoiu (1893-1958), de par son important apport théorique au folklore musical, et son exploration de la systématique musicale. Dans sa lignée, Claudie Marcel-Dubois (1913-1989) entreprend de désenclaver le folklore musical de la France, jusque là archaïsant, en élaborant une véritable ethnomusicologie du domaine français, avec une prédilection pour l’instrument de musique.

Aujourd'hui
L’ethnomusicologie française récente ne saurait présenter aujourd’hui une face uniforme. S’il fallait absolument trouver un point commun aux chercheurs, ce serait l’intérêt esthétique pour leur objet. Mais leurs choix épistémologiques s’étendent d’une approche musicologique à une anthropologie de la musique, de l’intérêt pour les musiques de tradition orale comme pour celles relevant de l’écriture, avec des ancrages géographiques dans chaque continent.
Les méthodes se distribuent de façon variable entre les pôles complémentaires de l’expérimentation (Simha Arom, Jean-Pierre Estival), de l’ethnologie participante avec pratique instrumentale (Tran Van Khê, François Picard, Jean During, Jérôme Cler…) et de l’observation discrète.
Mais au-delà de ces différences, l’ethnomusicologie française a tendance à privilégier l’étude du corpus et de son insertion dans un contexte social (cf. les monographies de Bernard Lortat-Jacob). D’où une pratique importante du terrain, qui s’est développée du fait des innovations technologiques, de la sophistication de plus en plus grande du magnétophone portable et de l'essor spectaculaire du cinéma puis de la vidéo dont les nombreux films d'Hugo Zemp prouvent, depuis plus de 20 ans, l'absolue nécessité aujourd'hui.
Active depuis 1950 dans la publication phonographique des enregistrements de terrain, avec quelques unes des plus prestigieuses collections mondiales à son actif, la recherche s’associe de plus en plus étroitement depuis les années 1980 avec la présentation sur scène des musiciens venus d’ailleurs.
Enfin, la notion de sauvetage ethnologique semble importante pour la communauté des ethnomusicologues, davantage attirés par les pratiques musicales ancrées dans une tradition longue et menacées par les processus de globalisation culturelle, que par les musiques nouvelles comprises sous l’appellation de "musiques du monde".

BREF HISTORIQUE
DE L'ETHNOMUSICOLOGIE
EN FRANCE
par Lothaire Mabru

http://ethnomusicologie.free.fr/historique.html

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui, probablement il est donc

Anonyme a dit…

Oui, probablement il est donc